Radio_France_2.jpg Je signe mes premiers CDD à Pau d’où je présente les journaux du matin sur les antennes de Radio France Pau Béarn & Pays basque. C’est dans le Béarn que j’apprends que c’est dur de se lever à 4h du mat pour aller bosser et d’écrire à une heure pareille. Le premier journal parlé est à 6h. Pas facile de s’habituer à commencer sa journée aussi tôt, même si je trouve cela normal car ça me rappelle mon père qui part de bonne heure au travail. Reste que dans un studio de radio, c’est sûrement plus confortable que sur des chantiers, surtout en hiver.

Je reste à Pau presque un an, avant d’être intégré, à Clermont Ferrand, à Radio France Puy de Dôme. C’est dans cette région que j’apprends les rudiments du métier, le contact avec les gens, souvent rustres. Leur confiance se gagne difficilement au premier contact. Il faut y aller pas à pas. Sacrés caractères les Auvergnats. Ils n’ont pas l’habitude de voir un micro. Je rame donc souvent comme ce jour où j’interview un syndicaliste. Il n’arrive pas à aligner deux mots. On s’y reprend à dix bonnes reprises. Avant de perdre patience, j’en arrive à lui proposer de répondre moi-même à mes questions que je l’invite à me poser !

Lorsque je dois aussi rencontrer le président de la région, Valéry Giscard d’Estaing, je dois procéder de la même manière, sauf que lui a l’avantage d’être un habitué des médias. L’enregistrement est donc plus rapidement « dans la boîte », comme on dit. Mais pas toujours. Un jour l’occasion m’est donnée de tester ma force de persévérance. France Inter a l’idée de demander à des personnalités politiques de raconter leur plus beau cadeau de Noël. Ce genre de question n’est pas forcément un cadeau pour moi! Mais qu’est-ce que je ne ferais pas pour passer sur France inter ! L’envie de « monter » à Paris commence déjà à naître.

Pour mettre mon interlocuteur en confiance rapidement, je le fais toujours parler de ce qu’il a envie de dire. C’est la bouée de secours, parce qu’aussi on ne peut pas rentrer à sa rédaction sans rien. Le but étant à un moment de lui poser la question à laquelle il n’a pas envie de répondre. Mais comme, de la même manière, l’ancien Président a, cette faiblesse, sans doute, de préférer parler dans le micro lorsque c’est pour France Inter plutôt que pour la radio locale de Radio France que je représente, je réussis quand même à lui faire dire ce qu’il n’a pas envie me dire. Au bout de plusieurs tentatives je fais parler l’ancien président de la République de son « petit nounours tout fripé » qu’on lui a offert à Noël, et qu’il dit avoir encore ! Je ne sais pas si c’est vrai ou si c’est le truc qu’il a trouvé pour se débarrasser de moi. Toutefois, j’en retiens que lorsqu’on a un même but on arrive toujours à un accord. L’interview est diffusée sur France Inter. Voilà le genre de sujet futile, mais néanmoins utile professionnellement, que tout journaliste doit traiter à un moment de sa vie professionnelle. Et je ne parle pas des célèbres « marronniers », ces sujets qui reviennent chaque année, qui donnent l’éternelle impression de « déjà fait ».

Le train vient enfin de passer à l’électricité entre Paris et Clermont, l’autoroute vers la capitale se construit petit à petit, et pourtant. C’est super beau l’Auvergne, mais j’ai besoin d’un nouveau souffle, ailleurs. Je n’ai pas encore envie de me fixer, tout au moins à Clermont-Ferrand. Comme ça ne peut pas être encore à Paris, il faut que j’aille dans un endroit où ça bouge un peu plus. Une opportunité se présente à Montpellier.

J’obtiens ma mutation à Radio France Hérault. En Languedoc Roussillon, c’est tout l’inverse des Auvergnats. Il est beaucoup plus facile de trouver quelqu’un qui a quelque chose à raconter dans un micro, avec la verve des gens du sud que l’on connaît tous. L’accent, en prime ! Ce petit accent qu’on me reproche lorsque j’évoque l’envie de monter à Paris.

Mes années à Montpellier me permettent surtout de suivre de nombreux procès d’Assises, d’apprendre ainsi quelques rouages de la justice. Un ami, à l’époque chef du service Médico légal de Montpellier, m’aide à m’y intéresser. Et puis j’ai toujours cette envie de savoir ce qui se passe en coulisses, quelles qu’elles soient. Un jour, pour sauter de la « théorie » à la « pratique », me dit-il, il me propose d’assister à une autopsie. Je ne peux pas rater cette proposition unique, même si je ne sais pas si j’arriverai à le supporter. Pourtant, j’assiste à (presque) tout, même si je me sens obligé de sortir à deux reprises. L’expérience est quand même balèze mais tellement riche d’enseignements. Je constate de mes yeux, sur le cas présent, en quoi l’autopsie peut nourrir les débats lors d’un procès alors que les constatations du médecin légiste contredisent totalement la version de l’agresseur. Cette autopsie est aussi mon premier contact, sur le plan tactile, avec la mort.

Deux évènements restent gravé dans ma mémoire : le premier, c’est le procès Dandonneau. Une très grosse affaire qui mobilise toute la presse parisienne. Nous sommes en juin 1992. A quelques heures de cette quinzaine de jours de procès qui s’annonce, je décide de recueillir les impressions du président de la cour d’Assises. Seulement, il ne veut pas répondre à mes questions. Il n’a pas envie de me donner ses impressions. En revanche, il s’exprime sur l’affaire qu’il va juger dont il porte un jugement ! Malencontreuses paroles. Elles sont diffusées sur Radio France Hérault et reprises le lendemain dans le quotidien « Le Midi Libre » et ont pour effet de provoquer un scandale et de faire renvoyer le procès 4 mois plus tard. L’équité est remise en question par les avocats. Une première en France ! L’émission « Faites entrer l’accusé » sur France 2 fait état de cette séquence lorsqu’elle a traité cette même affaire.

Je suis aussi très marqué par cette journée passée à la maison d’arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone où j’ai rendez-vous avec des détenus à l’occasion de la fête de la musique. Je me souviens encore du bruit des grilles qui s’ouvrent et qui se ferment derrière moi, comme dans un film. Mais je suis vite rattrapé par la réalité au moment où je retrouve au milieu d’une salle en compagnie d’une dizaine de personnes condamnées pour meurtre ou assassinat. Il y en a même une dont j’ai assisté à son procès aux Assises de l’Hérault. J’ai une longue discussion avec un jeune homme de 24 ans, incarcéré pour 7 ans, suite à un hold-up à main armée qu’il a commis avec son frère. « La connerie de ma vie », me dit-il. Je me rends compte à quel point les détenus ont besoin de parler, surtout à « quelqu’un de l’extérieur ».

Je vis donc des expériences uniques. J’aime vraiment le contact que peut m’apporter la radio. Elle est pour moi une source d’enrichissement extraordinaire et pourtant je suis plus attiré par les « paillettes » de la télévision. Sans doute parce que j’ai été piqué au vif très (trop ?) jeune, j’ai envie de la vivre, cette fois, grandeur nature. Je quitte donc Radio France, après y avoir passé 8 ans, pour « monter » à Paris, la ville où tout est possible.